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Danone for Entrepreneurs, interview d'Olivier Maurel

interview mené pour le magazine ESCP Europe Alumni

Interview d'Olivier Maurel, Directeur de l'Innovation Ouverte chez Danone et coordinateur du programme Danone for Entrepreneurs

En quoi consiste le programme Danone for Entrepreneurs ?

Né en 2013, Danone for Entrepreneurs est à la fois un programme et un réseau, autour du soutien aux entrepreneurs. Dans le cadre d’une réorganisation menée par Danone en Europe (visant 900 postes, dont 230 en France), nous avons décidé, à côté des solutions d’outplacement classiques (recherche d'emploi dans d'autres entreprises), de monter une structure d’accompagnement spécifique pour les collaborateurs qui souhaitaient monter leurs propres structures : on parle alors d’essaimage. Cela se concrétise par un programme individuel : aides financières pour des formations, conseils, bureaux et amorçage. Aujourd’hui, 90 anciens salariés Danone, issus de 6 pays, bénéficient de ce programme. Un des caractères innovant réside aussi dans la dimension collective de notre action : un réseau, ouvert à tous, réunissant des entrepreneurs et experts, partageant retours d'expériences et bonnes pratiques. Ainsi, près de 700 personnes ont participé à la cinquantaine d’événements que nous avons co-organisés : autant de mises en relation fertiles pour notre écosystème (des salariés issus d'autres entreprises constituent plus d’un tiers des participants). Une cinquantaine de partenaires sont effectivement partie prenante de cette création de valeurs partagées.

Peux-tu nous donner des exemples de création ?

La diversité est au cœur de notre réseau. Les 90 entrepreneurs dont je parlais sont les porteurs d’autant d’histoires singulières : nous avions des personnes de toute fonction, de tout niveau hiérarchique, de 28 à 59 ans et avons observé une légère majorité de femmes. Leurs projets professionnels se conjuguaient vraiment avec leurs projets personnels : d’une certaine manière, ils sont aussi « entrepreneur d’eux-mêmes » en se lançant. Concrètement, quelques exemples : un nouveau concept de restauration « Fast Good », un magasin de running, une agence de location de camping-cars, une reprise de PME dans la transformation de produits de la mer, des applications web dans le domaine de l’alimentation et de l’économie collaborative, du conseil en gestion de stress, de la production audiovisuelle ou encore une naturopathe et un consultant « slasher » qui cumule accompagnement de direction stratégique / entrepreneurs sociaux…

Concrètement, comment les accompagnez-vous ?

Sur la partie « programme individuel », nous avons identifié dans chaque pays des experts externes de l’accompagnement pour le démarrage. Nous avons mis en place un système de montée en puissance pour accompagner l’entrepreneur et vérifier que son idée pouvait tenir la route, d’un point de vue personnel et économique. La validation de ces éléments donnaient accès à des aides financières supplémentaires pour se former, faire appel à d’autres experts, trouver des bureaux. En parallèle, dans les villes où il y avait suffisamment de candidats, nous avons pu animer un réseau par des rencontres physiques. Ainsi, avec une quarantaine de membres réguliers, des réunions ont lieu chaque jeudi pour échanger sur une problématique spécifique liée à l’entrepreneuriat, sur des sujets aussi divers que la comptabilité (comment construire son plan de financement, négocier avec son banquier...) ou la méditation (comment réduire son stress, gagner en créativité et en aisance...). Une cinquantaine de thème ont été ainsi abordés.

Quels sont les avantages pour les entrepreneurs et pour Danone ?

Cette initiative présente de multiples avantages pour nos membres : elle permet à la fois de lutter contre la solitude de l’entrepreneur, partager des compétences techniques et discuter de postures souvent implicites (comment parler de mon projet à mon conjoint ? comment ajuster mon niveau de vie la première année ? ai-je droit à prendre des vacances quand je suis entrepreneur ?). Côté Danone, le premier enjeu touche notre responsabilité sociale : là où nous avons fermé des postes, permettre à nos anciens salariés de créer leur propre job (qui sera peut-être lui-même créateurs de nouveaux emplois). Ensuite, nous avons la conviction que c’est en prenant soin de notre écosystème que nous construirons le Danone de demain. Ainsi, à côté de ces entrepreneurs, nous apprenons sur plusieurs registres : postures de leadership (définir ses critères de réussite, faire face à l’échec, s’autoriser à tester « petit »), méthodes de management (lean start-up), organisations (coworking space, intelligence collective), approches business (agilité de l’entrepreneur à identifier des marchés de niches aujourd’hui et peut-être clefs demain). Nous ne sommes qu’au début de l’aventure : à court terme, l’enjeu est bien d’aider les entrepreneurs à sécuriser / développer leurs activités et à moyen terme d’intégrer ces démarches dans un plan plus large d’innovations écosystémiques.

Penses-tu que cette pratique est vouée à se développer en France ?

Même si le terme d’essaimage n’est pas forcément très connu, la pratique existe déjà en France depuis de nombreuses années. L’association Diese réunit une vingtaine de grandes entreprises qui ont intégré ce type de dynamique, comme Schneider Electric, Orange, EDF, Sanofi, la SNCF…Elle existait d’ailleurs en partie chez Danone depuis 2009. Les nouveautés avec Danone for Entrepreneurs viennent du renforcement ambitieux du projet, la dimension réseau et co-construction avec des partenaires référents de l’entrepreneuriat (Réseau Entreprendre, France Initiative, Numa…), l’élargissement à plusieurs pays d’Europe.

Entreprendre est une aventure risquée : nous souhaitons que le parcours que nous construisons permette aux entrepreneurs de se poser les bonnes questions, au bon moment et d’éviter des « casses trop brutales ». Côté grande entreprise, que les situations économiques s’améliorent ou se détériorent en Europe, qui peut garantir qu’elles continueront à créer massivement des emplois ? Qui peut être sûr d’y trouver tout au long de sa carrière un job qui l’intéresse et dans lequel il se réalise ? Ainsi, là où certains prônaient le développement de « l’employabilité » à la fin des années 90, peut-être faut-il aussi considérer le soutien à « l’entrepreneuriabilité ». Dans cette logique, je me réjouis que notre démarche ne se construise pas seulement « pour » nos membres mais surtout « avec » : progressivement, notre réseau s’auto-anime sur sa vision et sa mission. Rejoignez-nous si cela vous intéresse de coconstruire la suite !

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